« Tahiti rend le monde plus grand »
Professionnels, politiques, membres du jury, festivaliers, curieux des premières heures, tous étaient réunis dès 08h00 ce matin face au paepae a Hiro de Te Fare Tauhiti Nui pour la cérémonie d’ouverture du septième FIFO. Un ensemble de voix mélodieuses a entonné l’hymne du festival à la manière d’un himene tarava avant de laisser place à quelques-unes des personnalités incontournables de l’événement, venues souhaiter le meilleur au public et à cette nouvelle édition.
La question de l’arrivée imminente du câble numérique en Polynésie française soulève toutes les interrogations et si les forums et autres rencontres professionnelles se pencheront en détail sur la question, Wallès Kotra, fondateur du festival et Président de l’AFIFO, n’a pas manqué de rappeler l’importance de définir les priorités, de décider résolument des stratégies pour l’avenir et la nécessité de savoir aller à l’essentiel en taisant les différences et faisant preuve d’audace. « Pour faire face à ce tsunami culturel silencieux, a-t-il précisé, il faut rassembler nos forces. […] L’Océanie doit s’adresser au reste du monde avec modestie mais avec fermeté aussi, pour dire que le monde d’après Copenhague ne peut chercher à préserver nos lagons sans apporter de l’importance à nos pêcheurs : on ne peut pas se mobiliser pour les récifs et les coraux en oubliant nos langues et nos gestes culturels. Les dégâts de la montée des eaux sont aussi dramatiques que la mondialisation culturelle non maîtrisée, a t-il ajouté, avant de préciser que « le FIFO est d’abord une fête, la joie de se retrouver, le temps de se rencontrer ».
Dans la même lignée Florence Aubenas, Présidente du jury 2010, a insisté sur la portée fédératrice du festival et a tenu, en introduction de ses propos, à faire un mea culpa car « s’il fallait dessiner le monde tel que les médias vous le représente, a-t-elle avancé, certainement que Tahiti n’existerait pas. Nous avons malheureusement l’habitude d’éclairer certaines zones avec nos projecteurs et d’en oublier d’autres. Je crois que le but du FIFO et sa grande réussite c’est justement de montrer que les zones qui ne sont pas éclairées peuvent être aussi les plus importantes. D’être ici et de montrer ce monde que nous n’avons pas l’habitude d’éclairer est en soit un engagement et une manière de montrer la planète différemment. […] Je pense que Tahiti est justement un de ces endroits infiniment petits qui rendent le monde plus grand. C’est pour cela que j’ai accepté cette présidence aujourd’hui ». La journaliste a également assuré dans son court discours l’impartialité avec laquelle ses confrères et elle-même s’attacheront à désigner le grand vainqueur. « Nous nous engageons ici à ne pas nous comporter comme des supporters de football, a-t-elle déclaré. On ne va pas chacun défendre notre chapelle, notre commune, nos petits endroits de la planète. Le film primé sera vraiment le meilleur ».
Enthousiasme, fierté et détermination ont animé chacune des apartés. Le président du Pays Gaston Tong Sang a souligné l’envergure de la manifestation qui accueille des réalisateurs en provenance d’Asie, d’Océanie, d’Amérique et de Métropole. « Cette manifestation qui rythme maintenant le calendrier culturel de notre pays et marque de son empreinte la création audiovisuelle océanienne, a-t-il félicité les organisateurs ». Et de conclure « Le FIFO est au film ce que le Heïva est à la danse et aux chants traditionnels et la Hawaiki Nui Va’a à la pirogue. […] C’est aussi le contact avec la technologie. Le festival préfigure la révolution technologique que nous allons vivre et la place qu’il donnera à la société océanienne dans les grands rendez-vous de l’audiovisuel mondial. […] Longue vie au FIFO ! »
Manon Hericher
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