DEBAT 1 – E-COMMERCE : S’armer face aux dérives potentielles de l’exposition numérique
Comment se préserver et rester maître de sa réputation, de son identité sur la toile ? C’est la question qui a été posée hier lors du premier débat des Rencontres Numériques, qui s’est tenu sous le chapiteau de la Maison de la Culture, de 16h à 18h. Face au développement du e-commerce, à la mise en place de vidéosurveillance dans les lieux publics et à l’explosion des réseaux sociaux sur Internet, toute la question à été de savoir par quels moyens il est possible de protéger son intimité et de se prévaloir des échanges et commerces de nos données personnelles. Jacques Billon-Tyrard, Président de la Fédération Générale du Commerce, Irmine Tehei et Christophe Psychogios, respectivement Présidente et Vice-président de l’association de défense des consommateurs Te Tia Ara, Pierre Perrey, Directeur Marketing de Mana, Tamatoa Pommier, Chef de service des Postes et Télécommunications, Guy Loussan, Représentant de la CCISM, Guillaume Proia, fondateur et dirigeant de Vittoria Conseil ainsi que Marcel Desvergne, Président D’Aquitaine Europe Communication et Michel Paoletti, Président des Rencontres Numériques du FIFO, étaient réunis pour en débattre.
La discussion a davantage rappelé les méthodes basiques pour éviter d’étaler sa vie au grand jour à la communauté mondiale des « surfeurs » que mis en garde sur les risques éventuels d’une publication sur la toile. Car comme l’a rappelé Pierre Perrey, « les gens sont très clairvoyants quant à la mise en ligne d’informations et leur destination, cependant ils restent très insouciants alors que l’on peut considérer Internet comme le top du voyeurisme et que nous sommes donc tous des voyeurs, à plus ou moins grande échelle ». La question de la responsabilité de l’internaute lui-même a largement été abordée. Christophe Psychogios en a noté l’importance en paraphrasant Alex Turc, Président de la Clin (Commission Nationale à l’Informatique et Libertés) : « Les citoyens sont responsables de leur propre défense en matière de protection des données personnelles et la Clin n’est là que pour les assister dans leur action de vigilance individuelle ». « Il faut donc être prudent sur les données que l’on communique à des tiers, faire attention à leur accessibilité. Certains sites communautaires proposent des options de confidentialité, a-t-il rappelé ».
Fcp Vs € et $
En matière de commerce pur, avant d’arriver aux risques d’utilisation frauduleuse des données, l’ouverture des marchés pose d’abord la question de la concurrence, à l’international mais aussi avec le commerce traditionnel. Une thématique qui a été étudiée en détail. « Nous sommes bien entendu en concurrence face aux entreprises du monde entier, a constaté Guy Loussan, et notamment certaines qui ont un pouvoir d’achat et de négociation très fort qui handicape les petites entreprises locales. […] Sur le secteur de l’exportation, Internet est un outil formidable pour se rapprocher du consommateur mais je ne pense cependant pas que le commerce traditionnel en soit menacé, a-t-il modéré, car rien ne remplacera les relations de face à face et les échanges "mano a mano", encore très appréciés ».
Internet se positionne en tant qu’outil providentiel pour redonner une dynamique à l’économie polynésienne. Une opportunité indéniable sur laquelle Jacques Billon-Tyrard rebondit « notamment parce que l’insularité que l’on connaît oblige les consommateurs à se déplacer, ne serait-ce qu’à Tahiti », mais qui soulève également des interrogations sur les barrières douanières. « Ma position de défense des entreprises du commerce me pousse à me réjouir de cette grande opportunité pour la Polynésie française. Ceci étant, poursuit-t-il, les informations qui sont actuellement communiquées sur les réseaux ne sont pas très bien gérées et nous serons là pour conseiller et aider les entreprises qui souhaitent rentrer dans le e-commerce. (…) Nous ne pourrons pas passer à côté d’un développement venant de l’extérieur et devrons faire preuve de capacité d’adaptation pour offrir des services, des entreprises locales vers les consommateurs polynésiens. On a actuellement une barrière douanière qui est insuffisante. Le consommateur qui veut se servir à l’extérieur est encore libre de droits et taxes sur des sommes modestes et c’est un frein au développement de l’activité des petits commerces locaux. On a déjà des problèmes de compétitivité dus à notre éloignement, il faudra que ceux-ci soit compensés par des barrières douanières mieux adaptées qui laissent le choix au consommateur de se servir, soit à l’extérieur, soit sur le marché local, grâce à la compétitivité que l’on pourra trouver ».
E-dentité
Pour anticiper les dérives induites par la précipitation dans l’ère numérique et parer aux éventuels dommages, les précautions que l’internaute doit lui-même prendre ont été invoquées. « À partir du moment où l’on dit "Je vais sur le Web", a noté Xavier Proia, il y une « identité numérique qui se crée, ce qui implique un changement comportemental extrêmement important. Aujourd’hui, aussi bien le personnel que les entreprises ont une véritable possibilité de se créer ou se recréer leur identité sur le Net, qu’elle soit unique ou multiple. Certaines fois, les résultats que l’on peut trouver après une recherche Web vont à l’encontre d’une réelle démarche d’e-marketing, a-t-il souligné. Les entreprises vont avoir un gros effort à faire au niveau de leur "e-réputation", l’identité que l’on va pouvoir trouver sur la toile ». Pour se prévaloir de certaines surprises, le chef d’entreprise conseille d’en être soi-même l’acteur (les blogs et certains sites communautaires peuvent selon lui permettrent de donner des informations personnelles pertinentes, à condition de ne pas avoir peur de l’outil et de rester maître de son jeu).
Virtual suicide
Quand le mal est déjà fait (usurpation d’identité…), Christophe Psychogios a rappelé qu’il existe des sites Internet de "Web suicide", qui permettent de se "suicider numériquement". Au-delà de ces risques de fraude, a-t-il ajouté, il existe des spams de prospection ou des arnaques ("arnaque à la nigérienne" ou "loterie espagnole" – c’est d’ailleurs majestueux de voir comment les gens peuvent croire qu’ils ont gagné à une loterie à laquelle ils n’ont jamais participé !) ». En métropole, la réglementation est relativement protectrice vis-à-vis du consommateur, notamment pour les spams, et en Europe, la réglementation a évolué pour éviter que les données personnelles recueillies sur le Web soient utilisées et vendues sans responsabilité de la part de l’entreprise qui en dispose. Malheureusement, cette réglementation ne s’applique pas en Polynésie.
Une réglementation à renforcer
Le manque généralisé de réglementation locale visant à protéger pleinement le consommateur a été signalé, en dernière partie de débat, avant le questions-réponses avec le public. Si les dernières actualisations datent d’une vingtaine d’années et font penser à certains que c’est peut-être une des raisons pour lesquelles le e-comemrce ne s’est pas développé, Tamatoa Pommier s’est voulu rassurant : « La situation de la réglementation en Polynésie n’est pas simple, a-t-il noté, puisque tout ce qui concerne le commerce électronique aujourd’hui est à cheval sur deux compétences : les télécommunications et l’audiovisuel. Or la loi statutaire confie l’une à la Polynésie française et l’autre à l’Etat. Du coup, on se retrouve avec des réglementations métropolitaines qui doivent faire l’objet d’une expression systématique comme étant applicables en Polynésie française pour qu’elles puissent l’être. Rappelons cependant que le Ministre de l’économie numérique a annoncé la mise en chantier du code des postes, sa refonte et son aboutissement pour la fin de l’année 2010. On a donc quand même l’espoir d’avoir un cadre réglementaire qui soit un petit peu plus cohérent d’ici la fin de l’année ».
Manon Hericher
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